Les projecteurs ne sont pas encore allumés. Les supporters n’ont pas encore rejoint les tribunes. En coulisses, des équipes entières s’activent déjà pour faire vivre les événements sportifs.

Parmi elles, les femmes sont bien présentes. Pourtant, leur accès aux postes à responsabilité reste limité dans le secteur sportif.

Selon le baromètre 2026 du COSMOS, les femmes représentent 11 % des salariées dirigeantes interrogées. Ce chiffre donne une première lecture du terrain. Mais il ne raconte pas toute la partie. Selon les métiers et les responsabilités, les écarts restent importants.

Alors, quelle place occupent les femmes dans l’événementiel sportif aujourd’hui ? Quels obstacles rencontrent-elles ? Quels leviers peuvent faciliter leur évolution ?

L’événementiel sportif à l’épreuve des chiffres : un accès aux responsabilités encore inégal

11 % de femmes dirigeantes : que révèle ce chiffre ?

Le chiffre est parlant : seulement 11 % des salariées dirigeantes interrogées sont des femmes.

Le baromètre 2026 du COSMOS a été réalisé auprès de 1 059 structures sportives. Il montre que la féminisation reste un enjeu clé pour accéder aux fonctions de direction.

Accueil pour les femmes, technique pour les hommes : un cliché qui perdure ?

Dans l’événementiel sportif, certaines missions restent associées à des représentations genrées. L’accueil, les relations publiques, l’hospitalité ou la communication sont souvent attribués aux femmes. À l’inverse, la régie, la logistique et les fonctions techniques restent perçues comme plus masculines.

Ces représentations ont des conséquences directes. Associer une compétence à un genre influence les missions confiées. Cela oriente aussi les recrutements et la perception des professionnelles au travail.

Le COSMOS identifie ces stéréotypes comme un frein majeur à la féminisation. Dans son baromètre 2026, près de 37 % des structures déclarent y être confrontées. Ce phénomène s’observe à l’extérieur comme à l’intérieur du système sportif.

Accéder à des missions techniques ou managériales permet de construire sa légitimité. Deux femmes de l’événementiel sportif expliquent justement comment elles ont forgé la leur.

Deux femmes racontent leur expérience dans les coulisses de l’événement sportif

Le parcours de Clémentine

Clémentine, professionnelle illustrant la place des femmes dans l'événementiel sportif

Clémentine est issue d’une double formation en hôtellerie et en management sportif. Elle a notamment piloté l’hébergement de 1 800 personnes sur le Tour de France. Elle a aussi coordonné la restauration du village olympique à Milano Cortina et officié à Roland-Garros.

Aujourd’hui, elle dirige l’hospitalité VIP et le travel management dans la course automobile. Elle apprécie particulièrement l’adrénaline de ces événements et la solidarité des équipes opérationnelles.

Son itinéraire met en évidence des disparités marquées selon les disciplines. Elle a d’abord évolué dans des univers où la mixité était déjà installée. En revanche, le cyclisme l’a confrontée à un cadre plus masculin, surtout au plus près de la compétition.

Elle évoque aussi un autre stéréotype, très présent dans le tennis. Les femmes y sont souvent associées aux fonctions d’hôtesses. Elle a justement voulu se détacher de cette image. Une femme peut manager, prendre des décisions et encadrer des équipes.

Pour s’imposer en tant que manager, l’équilibre exige une grande précision. Il faut affirmer sa légitimité sans adopter une posture trop frontale. Sa ligne de conduite est claire : il faut s’imposer et assumer sa légitimité.

Pour Clémentine, trois moteurs permettent de s’imposer sur le circuit : l’intelligence situationnelle, la curiosité et l’adaptabilité. Elle admire cette alliance de polyvalence et d’éthique de travail chez Eileen Gu. Cette championne incarne une génération prête à performer sur tous les terrains.

Le parcours de Louise

Louise affiche déjà un parcours solide : relations presse de Paris 2024, community management chez France Télévisions et organisation de Roland-Garros. Elle a également forgé son expérience lors d’une année d’alternance à la communication d’un club de rugby de Pro D2. Tout en co-créant en parallèle un festival de musique électronique réunissant plus de 6 000 personnes.

Sa vocation est née dans les tribunes du Vélodrome. Elle s’appuie sur une recherche constante d’adrénaline et de travail collectif.

Son parcours révèle toutefois une parité à deux vitesses selon la culture des disciplines.

Dans le cadre structuré de méga-événements comme Paris 2024 ou Roland-Garros, Louise n’a ressenti aucun frein lié à son genre.

Louise, témoignage sur le rôle des femmes dans l'événementiel sportif

En revanche, son immersion dans le rugby professionnel a exigé un réel temps d’adaptation.

Dans cet univers historiquement masculin, elle a dû faire ses preuves. Ses interlocuteurs étaient parfois peu habitués à échanger avec une femme. Lors de son recrutement, la direction a testé sa capacité d’adaptation à l’ambiance du vestiaire. Cela témoigne d’une appréhension persistante face à l’arrivée d’une collaboratrice.

Elle encourage les jeunes professionnelles à faire preuve d’audace. Il faut aller directement au contact des recruteurs, en ligne comme sur le terrain. Selon elle, le bénévolat reste le levier idéal pour bâtir son réseau. C’est aussi l’occasion de prouver sa valeur opérationnelle en direct.

Enfin, ce secteur impose des horaires décalés et des déplacements constants. Elle respecte profondément les femmes qui concilient cette intensité avec leur vie familiale.

Femmes dans l’événementiel sportif : comment accélérer la parité sur le terrain ?

Recrutement et évolution professionnelle : agir à chaque étape

Le chiffre de 11 % rappelle une réalité claire. La féminisation ne s’arrête pas à l’entrée dans le secteur. L’enjeu concerne la progression professionnelle et l’accès aux fonctions de décision.

Le baromètre 2026 du COSMOS confirme cette dynamique. Aujourd’hui, 68 % des structures engagent ou prévoient une action de féminisation. C’est une hausse de 8 points depuis 2024. L’emploi et la gouvernance restent les deux priorités.

Cette démarche s’appuie sur des leviers concrets : fiches de poste, critères de sélection et diversité des recrutements. L’accompagnement interne et l’accès aux formations jouent aussi un rôle moteur.

Dans les petites structures, les équipes RH restent réduites. Formaliser ces critères garantit la transparence. Cela évite de dépendre uniquement de réseaux déjà établis.

L’objectif ne vise aucun passe-droit. Il s’agit de valoriser pleinement les compétences et l’expérience dans chaque décision.

Réseau, bénévolat et conditions de travail : les autres leviers

Création de réseau en faisant du bénévolat, des rencontres professionnels

Le réseau occupe une place centrale dans l’événementiel sportif. Stages, alternances et bénévolat ouvrent souvent la porte à des opportunités directes. Les rencontres professionnelles permettent ainsi d’éviter les canaux de recrutement traditionnels.

Toutefois, l’accès aux postes ne règle pas tout. Les compétitions imposent des journées longues et des déplacements fréquents. De plus, les horaires atypiques pèsent lourdement sur la durée des carrières.

Repenser l’organisation du travail devient donc indispensable. Préserver l’équilibre vie professionnelle/vie personnelle constitue un puissant levier de fidélisation.

La féminisation dépasse le simple recrutement. Il s’agit surtout de créer les conditions pour évoluer et durer dans ces métiers.

Des partenaires à la loi : quand l’écosystème impose le changement

Les organisations ne sont pas les seules à agir. Partenaires et sponsors peuvent aussi intégrer la diversité et la mixité dans leurs collaborations. Cela passe par des critères précis et un suivi des embauches.

Le COSMOS confirme cette dynamique. En 2026, 49 % des répondants désignent ou prévoient un référent féminisation. Ce chiffre progresse nettement par rapport aux 44 % de 2024.

Formaliser ces démarches transforme une intention en actions concrètes. La méthode fonctionne aussi bien dans les petites que dans les grandes structures.

La parité touche également la gouvernance sportive. La loi du 2 mars 2022 impose la parité totale au niveau national depuis 2024. Cette règle s’étendra aux instances régionales dès 2028. La place des femmes dans l’événementiel sportif devient ainsi une priorité de gouvernance et d’organisation.

Ce qu’il faut retenir

La place des femmes dans l’événementiel sportif arrive à un virage tactique décisif. Si la mixité s’impose dans les grandes organisations, la parité peine encore à s’ancrer localement. L’accès aux postes de direction et à la régie technique dépend souvent de la taille de l’entité. De plus, ces fonctions font encore face à des stéréotypes bien ancrés.

Pour réussir, les femmes doivent oser prendre le ballon plutôt que d’attendre la passe. Il est essentiel de surmonter les doutes et de faire confiance à ses compétences. Dans cet univers, développer un solide réseau professionnel demeure un tremplin indispensable.

Cet effort ne doit pas reposer uniquement sur les femmes. Clubs à taille humaine, agences et sponsors doivent aussi changer de tactique. Il devient urgent de formaliser les recrutements pour éliminer les biais. L’objectif consiste désormais à aligner une équipe véritablement mixte sur chaque projet.

Le véritable succès sera atteint lorsque la présence d’une femme à la tête d’un événement sportif ne sera plus une exception à souligner, mais simplement la norme.

Source

COSMOS (Conseil Social du Mouvement Sportif). (2026). Baromètre 2026 de la féminisation dans le sport : gouvernance, emploi et réalités du terrain : https://www.cosmos-sports.fr/actualites/barometre-2025-feminisation-branche-sport-lanalyse-aux-initiatives-6303

République Française. (2022). Loi n° 2022-296 du 2 mars 2022 visant à démocratiser le sport en France. Journal Officiel de la République Française / Légifrance : https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000045287568

Témoignage :

Clémentine. (2026). Entretien semi-directif sur les réalités de terrain et l’accès au management dans l’événementiel sportif. Propos recueillis en septembre 2026.https://www.tiktok.com/@job.by.clem?is_from_webapp=1&sender_device=pc

Louise. (2026). Entretien semi-directif sur la parité et la culture professionnelle dans les méga-événements et le rugby. Propos recueillis en septembre 2026. https://www.tiktok.com/@lourose.sportside?is_from_webapp=1&sender_device=pc