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Que faites-vous le matin, dès que vous ouvrez les yeux ?
Vous ouvrez les volets, buvez un verre d’eau et, probablement, prenez votre téléphone. Pour beaucoup d’entre nous, consulter les réseaux sociaux est devenu un réflexe quotidien. En quelques secondes, vous voilà en train de faire défiler TikTok, Instagram ou YouTube Shorts. C’est probablement de cette manière que vous avez découvert le phénomène des Italian brainrot. Vous ne connaissez peut-être pas leur nom, mais vous avez forcément déjà croisé l’un de ces personnages. Un crocodile fusionné avec un avion, accompagné d’une voix aux sonorités italiennes : Bombardiro Crocodilo. Mais comment ces brainrot sont-ils devenus viraux, et pourquoi suscitent-ils autant d’engagement ?
Nous allons découvrir cela ensemble à travers ce décryptage.
Une tendance qui se nourrit d’elle-même

Depuis 2025, le phénomène s’est rapidement répandu sur TikTok et Instagram. Cette réussite repose sur une combinaison d’éléments efficaces :
- des visuels grotesques ou humoristiques
- des voix synthétiques aux sonorités italiennes (même si ils n’ont pas été crée en Italie)
- des histoires volontairement absurdes, parfois insultantes envers certaines religions ou certains pays
Mais les utilisateurs ne se contentent pas de regarder ces contenus : ils se les approprient. La tendance s’est progressivement intégrer à la culture numérique de la génération Alpha. Notamment, grâce à sa popularisation sur Roblox, une plateforme de jeux vidéos particulièrement prisée des jeunes.
Les Italian brainrot ne sont d’ailleurs pas un cas isolé. D’autres tendances générées par Intelligence Artificielle ont émergé. On a vu passé sur les réseaux sociaux des fruits et légumes générés qui racontent leurs drames amoureux, ou qui expliquent comment ils se cuisinent et conservent.
Quand l’absurde devient viral
Les Italian brainrot sont des contenus courts générés par intelligence artificielle. Ils mettent en scène des créatures étranges et irréelles, mélangeant animaux, objets et véhicules. Souvent, des voix off synthétiques accompagnement ces personnages ainsi que des récits volontairement absurdes, parfois dépourvus de sens.
Une image difficile à comprendre, mais qui reste pourtant dans votre tête. Avec l’arrivée d’IA génératives de plus en plus performantes, ce type de contenu peut désormais être produit rapidement et en grande quantité. On a donc l’impression d’avoir le cerveau saturé par ces contenus répétitifs ou volontairement idiots, c’est ça le Brainrot.
Quand le buzz s’ancre dans les esprits
Comment fonctionnent les algorithmes ?
Pour comprendre comment nos réseaux sociaux se retrouvent inondées de brainrot il faut savoir comment fonctionnent leurs algorithmes. Ils s’appuient sur la manière dont les plateformes évaluent les vidéos. Dès la publication de contenus, les plateformes les analysent afin de déterminer s’il doit être davantage diffusé ou rester limité à quelques centaines de vues. Une décision reposant sur le temps de visionnage et la rétention, des paramètres qui peuvent compter davantage que le nombre de vues ou d’abonnés.
Une vidéo absurde, comme celles des Italian Brainrot, n’a donc pas nécessairement besoin d’être appréciée pour être considérée comme performante. Il faut juste qu’elle retienne votre attention une fraction de seconde de plus que la moyenne pour être mise en avant.
Et en plus d’attirer l’attention les plateformes ont également développé différents mécanismes pour vous garder dans une boucle de défilement continu. Par exemple :
- la lecture automatique
- l’actualisation du fil par glissement
- le défilement infini
- les mécanismes d’engagement social
Ces mécanismes inondent les réseaux sociaux de vidéos de quelques secondes. Leur objectif n’est pas de vous faire apprécier le contenu, mais de vous inciter à interagir avec lui.

Pourquoi regardez-vous ces contenus s’ils sont absurdes ?
Le premier élément de réponse réside dans leur capacité à offrir un divertissement immédiat. Une vidéo de quelques secondes demande peu d’attention et peut simplement servir de pause mentale au cours de la journée.
On appelle cela le dopamine scrolling qui désigne « l’acte habituel de faire défiler les fils d’actualité des réseaux sociaux à la recherche d’un contenu nouveau et divertissant » . Les brainrots s’inscrivent dans cette logique : plus le contenu est étrange ou inattendu, plus il suscite votre curiosité et donc vous continuez à scroller.
Sharpe, B., & Spooner, R. (2025). Dopamine-scrolling : a modern public health challenge requiring urgent attention. Perspectives In Public Health, 145(4), 190‑191.
Ce contenu qui fait rire apporte donc une satisfaction mais elle est souvent aussi rapide que le contenu lui-même. Vous regardez une vidéo, passez à la suivante et avez parfois déjà oublié ce que vous venez de voir. Ces formats encouragent donc une forme de consommation passive des réseaux sociaux. L’IA devient alors un outil permettant de produire du contenu en masse, souvent sans intention esthétique particulière, en reprenant des codes existants pour retenir l’attention.
Une nouvelle façon de consommer : de l’écran au produit
Les brainrots révèlent finalement un phénomène plus large : l’évolution de notre manière de consommer les réseaux sociaux. L’IA générative participe désormais à la création des tendances, particulièrement auprès des jeunes consommateurs et des adolescents. En effet, ces contenus deviennent à eux-même des références culturelles.

Cette tendance est devenue tellement populaire qu’elle a dépassé le cadre digital des réseaux sociaux. Les marques ont transformé ces contenu « IA » en produits dérivés. On retrouve désormais en vente en ligne peluches, figurines et porte-clés, avec plus de 10 000 résultats sur Amazon.
Ce phénomène rappelle celui d’autres tendances devenues populaires auprès des jeunes, comme les Sonny Angels ou les Labubu. On achète des figurines pour les collectionner et pour ne pas être mis à l’écart, pour faire partie de la « trend ».
Ce qui apparaît d’abord comme une simple tendance sur les réseaux sociaux peut progressivement s’intégrer à l’univers culturel des consommateurs, avant de se transformer en objet que l’on achète. Le brainrot ne se contente donc plus de capter votre attention : il devient également une marchandise.
Quand les générations ne se comprennent plus
Vous vous sentez dépassé par cette tendance ? Vous n’êtes pas les seuls.
Les générations plus anciennes peuvent percevoir ce type de contenu comme du slop ou bien « the detritus of the internet » mais il finit ainsi par s’installer dans les habitudes des plus jeunes.
Le mot slop fait référence à « un flot constant et écrasant de contenus générés par l’IA, souvent considérés comme de faible qualité (…)et dépourvus de véritable valeur culturelle ».
Chateau, L. (2026). Italian brainrot as a GenAI meme : The evolution of slop and brainrot aesthetics in the digital cultural economy. Convergence The International Journal Of Research Into New Media Technologies.
Mais pour les jeunes, et notamment la génération Alpha, ces contenus font partis de la culture numérique grâce à leur diffusion sur Roblox, une plateforme de jeu vidéo.
En effet, une étude de l’ACM menée en 2025 sur le phénomène spécifique de l’Italian Brainrot met en évidence un fossé générationnel. Les adolescents s’approprient activement ces contenus générés par IA dans leur vie sociale et émotionnelle, tandis que les adultes les connaissent beaucoup moins.

Si vous écoutez une conversation entre des enfants de dix ans vous pourrez entendre des mots comme Bombardiro Crocodilo utilisés en dehors du contexte des vidéos pour désigner une situation absurbe.
Comme d’autres tendances avant eux (Pokémon par exemple), les personnages et objets associés aux brainrots peuvent ainsi devenir des expressions matérielles d’une identité numérique et d’un sentiment d’appartenance sociale.
La fin du contenu authentique créé par des humains
Face à la montée en puissance de l’ IA générative, une question se pose : Le brainrot italien signe-t-il la fin du marketing de contenu tel que nous le connaissons ?
Certaines marques se sont déjà emparées de la tendance. La marque de déodorants Axe a utilisé le phénomène sur son compte TikTok espagnol afin de gagner en visibilité. Cette stratégie comporte toutefois des risques. Elle peut finir par lasser les consommateurs, notamment les plus jeunes. Ces derniers identifient plus facilement les tentatives de trendjacking.
Trendjacking désigne le « fait de s’appuyer sur des tendances ou des phénomènes actuels pour promouvoir un produit et générer de l’engagement auprès d’une audience ciblée ».
Castillo, M.D., Koh, J.F.L.S., Rodriguito, A.P., Sese, J.A.A., Sison, K.E.S., & Tolentino, C.S.C. Trendjacking’s Trail: Navigating Consumers’ Buying Patterns.
Par ailleurs, les mentions en ligne du terme slop ont augmenté de plus de 200 % en 2025. Selon l’étude Tendances du Marketing Digital 2026 de Brandwatch, ces chiffres témoigneraient d’une montée des critiques de consommateurs. Ils perçoivent le marketing comme paresseux, ainsi que contenus génériques produits à la chaîne par l’IA.
Le paradoxe est alors le suivant : le contenu de masse généré par IA attire l’attention. Mais il lasse aussi les utilisateurs. Le véritable enjeu n’est donc peut-être pas la disparition du marketing de contenu. Il s’agit de produire des contenus qualitatifs tout en s’intégrant à la culture numérique. Face à une génération Alpha dont les codes échappent largement aux générations précédentes, les marques doivent désormais composer avec un environnement où les tendances évoluent rapidement et où l’attention des utilisateurs est limitée.
Comprendre le brainrot n’est peut-être plus seulement une option créative. C’est aussi une manière de mieux comprendre les nouvelles attentes des consommateurs.
Et vous, êtes-vous tombés dans la trend des brainrot italiens ?
Si cet article vous a plu, n’hésitez pas à découvrir les autres articles du blog, ainsi qu’un documentaire très intéressant sur le sujet, disponible sur YouTube.
Merci d’avoir pris le temps de lire cet article !
Par Clara HEROUX, Étudiante M2 Marketing et Communication 2026-2027
Sources :
Amazon France. (s. d.). Résultats de recherche pour « Italian Brainrots ». Amazon France.
Brandwatch. (2026). Tendances du marketing digital 2026. Brandwatch.
Brainrots.fr. (s. d.). Brainrots.fr.
Chateau, L. (2026). Italian brainrot as a GenAI meme: The evolution of slop and brainrot aesthetics in the digital cultural economy. Convergence: The International Journal of Research into New Media Technologies.
Commission européenne. (2026). Code of Practice on marking and labelling of AI-generated content. Commission européenne.
Farce & Attrape. (2025, 5 juin). Le top 11 des meilleurs Brainrots. Farce & Attrape.
Le Monde — Le Van, Q. (2025, 19 juin). Le business du « brainrot » : quand polluer les réseaux sociaux avec des mini-vidéos absurdes rapporte très gros. Le Monde.
Movieguide. (2025, 8 mai). Is Your Kid Speaking Italian? Nope. It’s Just Gen Alpha’s Latest Brainrot. Movieguide.
Schiavo, G., & Andrao, M. (2026). Talking About Brainrot: Youth Engagement with AI-Generated Content and the Dynamics of Intergenerational Communication. In Proceedings of the 2026 CHI Conference on Human Factors in Computing Systems (CHI ’26). ACM.
SEB. (s. d.). Vidéo YouTube sur les Italian Brainrot [Vidéo]. YouTube.
Sharpe, B. T., & Spooner, R. A. (2025). Dopamine-scrolling: A modern public health challenge requiring urgent attention. Perspectives in Public Health, 145(4), 190–191.
Štrach, P. (2024). Trend jacking: Allow others to shine and stand in the radiance of their glory!. Marketing Science & Inspirations, 19(2), 58.
Yousef, A. M. F., Alshamy, A., Tlili, A., & Metwally, A. H. S. (2025). Demystifying the New Dilemma of Brain Rot in the Digital Era: A Review. Brain Sciences, 15(3), 283.
20 Minutes — Courpotin, M. (2026, 17 septembre). « Je suis là depuis hier, 23 heures » : On est allés observer la folie autour des cartes 30e anniversaire de Pokémon. 20 Minutes.
